Syrie – Israël : que cachent les bruits de bottes

Beaucoup de gens se demandent pourquoi les analystes prévoient une nouvelle guerre au Moyen-Orient, à court ou moyen terme. 30’000 soldats, dont 7’500 occidentaux, du contingent de l’ONU ne suffiraient-ils pas à éviter un renouvellement du conflit ? Et quelle est donc cette dynamique, qui paraît mener inévitablement des Etats de cette région vers une recrudescence de violence, ce, d’autant plus que le Hezbollah a effectivement perdu le plus clair de son potentiel militaire et que l’armée libanaise renforcée contrôle désormais sa frontière avec Israël ?

L’un des indices de cette situation, si ce n’est pas une réponse à ces questions, se trouve dans l’interview donnée par le président syrien Béchar Al Assad, la semaine dernière, au journal koweitien Al Anba (« Les Nouvelles »), et immédiatement renforcée par les propos du ministre syrien de l’information et les media de Damas.

 

Les idées force de ces interventions : « Israël pourrait attaquer la Syrie à n’importe quel moment », et « nous avons entamé nos préparatifs dans le cadre de nos options ».

 

C’est tout ce qu’il y a à retenir de prépondérant dans ces déclarations mais c’est déjà beaucoup. On délaissera volontiers, pour ne pas manquer l’essentiel, les mentions faites à la volonté du régime alaouite de récupérer le Golan et autres prétentions relatives à l’intégrité du territoire libanais et aux droits des Palestiniens. Ces revendications préoccupent les dirigeants syriens moins que leur dernière paire de chaussettes.

 

On retiendra toutefois que, parallèlement à ces bruits de bottes, Al Assad a fait entendre, dans son interview de dimanche, qu’il existait toujours une possibilité de conclure un accord de paix, que « 80% des sujets divisant Israël et la Syrie avaient été résolus et qu’il ne restait plus qu’à s’occuper des différends les plus simples ».

 

Vrai de vrai. Si Israël accepte de descendre du Plateau du Golan et Assad fait courir le bruit qu’il ne chipotera pas pour quelques dizaines de mètres Damas est prêt à faire la paix avec Jérusalem. Mais ce qui intéresse le dictateur-oculiste compte pour lui bien plus que le Golan, puisqu’il s’agit de la survie de son régime. Baignant de façon endémique dans une crise économique inextricable, relégué au ban des nations à cause des assassinats qu’il perpètre au Liban, mis au pied du mur par l’ONU à ce sujet, complètement isolé géographiquement, le régime baathiste n’a effectivement, pour se pérenniser, que le choix entre faire la guerre ou faire la paix.  

La paix d’abord : si Al Assad signe un traité de cohabitation avec les Israéliens, le monde sera si content de s’être fait retirer une épine du pied, qu’il absoudra le fils de Hafez pour le meurtre de Rafik Hariri. Tout le monde sait pertinemment qu’un accord avec Israël entraînerait obligatoirement la fin du soutien de Damas au Hezbollah, au front du refus palestinien, et la déconstruction de son alliance stratégique avec Téhéran.

 

Ce n’est pas rien, le tyran syrien ne se promène pas les mains vides ! Il a seulement besoin, pour ne pas perdre la face ce qui est souvent mortel pour les dictateurs de récupérer le Golan afin de justifier son changement de cap, aux yeux des Arabes, mais surtout de son peuple et de son armée. Impossible, en effet, de maintenir la loi martiale depuis 1963, au prix de la privation de presque toutes les libertés individuelles, au nom de la nécessité de combattre l’Etat hébreu, sans, au moins, recouvrer le Golan…  

D’aucuns en Israël voudraient bien réengager le dialogue avec Béchar, tel l’ex-ministre des Affaires Etrangères Sylvan Shalom, ou, à tout le moins, ne pas lui fermer la porte au nez, mais il existe un gros hic. Ce hic s’appelle Washington. Et si George Bush se mêle moins qu’on ne le pense de la politique qui se conçoit à Jérusalem, il est un sujet sur lequel il est intransigeant : non au désenclavement de la Syrie ! Il y a à ce veto deux raisons principales : d’abord, le régime damascène est incontestablement l’un des systèmes politiques les plus violents et ringards de la planète à classer dans la catégorie restreinte qui comprend l’Iran et la Corée du Nord et dont la perduration hypothèque les espoirs du monde. Ensuite, et cela a trait à la chair même des USA, Al Assad est le bras qui fournit des hommes et du matériel aux terroristes qui tuent des centaines de soldats de l’Oncle Sam en Irak. Or, après tous les avertissements que le leader alaouite a reçus en vain pour qu’il cesse son jeu dangereux, pour Washington, il n’est plus question de composer avec lui.  

La Maison Blanche le fera renverser si l’occasion se présente et si on lui trouve un remplaçant qui empêchera que ne s’instaure en Syrie un chaos ethno-confessionnel à la mesure de celui qui sévit à Bagdad. Sinon, on le maintiendra dans une quarantaine étroitement surveillée, en continuant à pousser les 1 ers ministres israéliens à user de tout prétexte pour infliger à Al Assad revers militaires et vexations qui l’affaiblissent. On avait bien aimé, à cet égard, sur les bords du Potomac, lorsque, avant la guerre au Liban, des chasseurs à l’étoile de David, fabriqués aux Etats-Unis, avaient effectué, en toute inaccessibilité, quatre passages au radada sur le palais de l’oculiste à Latakieh. On raconte que Béchar, en pyjama sur sa terrasse au milieu de la nuit, leur montra le poing, en signe de hargne et d’impuissance.

 

Donc, pas question pour Jérusalem, dans l’ordre actuel des choses, de reprendre les négociations avec les oligarques alaouites de Damas. Sans l’appui diplomatique de l’Amérique, notamment à l’ONU et au sein du Quartet, les positions d’Israël seraient intenables.

 

Voici, brièvement représentées, les conditions qui amènent à penser qu’un nouveau conflit est inévitable. Mais un affrontement différent du précédent, car les soldats de la force multinationale empêcheront les Fous d’Allah de s’approcher trop près de la barrière nord de l’Etat hébreu. A ce sujet, il est intéressant de relater un fait stratégiquement important, insuffisamment remarqué par nos confrères. En effet, il y a six jours à peine, le commandement des forces de l’ONU engagées au Liban-Sud diffusait à Naqoura (extrême ouest de la frontière) un communiqué qui n’a pas dû plaire à M. Nasrallah. On y lisait entre autres que « (…) par-delà l’autodéfense, la FINUL peut recourir à la force pour s’assurer que sa zone d’opérations n’est pas utilisée pour lancer des hostilités, pour résister à des tentatives d’utiliser la force pour empêcher la Mission d’accomplir son mandat ».

 

La FINUL ajoutait son intention d’empêcher le transit de matériels dangereux dans sa région, comprenez des armes et des munitions. Nul doute que ces termes de la mission du contingent de l’ONU, qui sont graduellement dévoilés, ont fait l’objet de paragraphes secrets lors des négociations à Manhattan en vue du cessez-le-feu. Habilement, le gros des forces internationales s’est déployé, suivi des militaires libanais, en diffusant peu d’informations précises sur les détails de leur mission. Désormais, alors que leur présence massive constitue un fait accompli et qu’il est accompagné de multiples barrages établis dans la zone que les bérets bleus surveillent, ces derniers ont tout loisir d’informer le Hezbollah qu’ils s’opposeront à la reprise d’activités hostiles contre le territoire israélien. Les terroristes ne disposent pas des moyens de s’opposer à ces décisions, d’ailleurs, ils ont démantelé ou abandonné d’eux-mêmes des dizaines de bases qu’ils occupaient dans le voisinage de la frontière.

 

D’accord pour le Sud, et c’est ce qui me fait dire que la région frontalière ne va pas redevenir à nouveau un Hezbollahland à partir duquel Nasrallah pourrait agresser Israël. Mais la situation face à Metula n’est en aucune manière comparable à ce qu’elle est dans d’autres parties sensibles du pays des cèdres. Dans la Bekaa, par exemple, la présence de la FUNUL est inexistante, de même qu’aux frontières terrestres du Liban. Lors, personne ne contrôle sérieusement le réapprovisionnement des alliés d’Assad et d’Ahmadinejad dans la région de Baalbek et au nord-est du fleuve Litani.

 

C’est là où le bât blesse et produit des lésions dangereuses. De sources allemandes et israéliennes, Damas y aurait repris de plus belle ses livraisons d’armes aux miliciens chiites. Du gros, on parle et la Ména confirme de l’apparition de missiles balistiques à moyenne portée (800 km) et de lanceurs idoines, qui ne faisaient pas partie de l’arsenal de l’Axe du mal avant la dernière confrontation. 

Il s’agit d’une décision périlleuse mais stratégiquement compréhensible de la part de l’axe Damas-Téhéran. Trois raisons à cela : 1) il n’y a pas, momentanément en tous cas, de miliciens hezbollanis en nombre et en état de reprendre le combat, or le maniement de ces missiles demande un personnel qualifié mais peu abondant ; 2) les abords d’Israël étant interdits par la présence de la FINUL, ces armes peuvent frapper l’Etat hébreu en passant au-dessus des têtes du contingent international. Il existe à ce titre un danger tactique fort accaparant à nos yeux de voir les militaires de la force internationale se faire coincer sous un feu croisé non conventionnel, qu’échangerait Tsahal avec les Syriens en Syrie et leurs supplétifs au Liban ; 3) lorsque Béchar Al Assad a confié à Al Anba qu’il a « entamé ses préparations dans le cadre de nos options », c’est exactement à ce genre d’options qu’il faisait référence. 

Damas n’est pas en mesure de s’opposer à Israël dans les airs, pas plus que lors d’une guerre conventionnelle. Certes, mais son armée a su s’adapter afin d’être en mesure de faire peser des menaces insupportables sur la population israélienne avec des moyens de fortune. Nous savons ici qu’en cas de conflit, Assad nous a préparé des milliers de commandos, quasi-suicides, qui auront pour tâche de s’infiltrer en de multiples endroits, au-delà de la ligne de démarcation sur le Golan, et d’empêcher nos blindés de se déployer, à l’aide de milliers de missiles russes Kornet dont ils sont dotés et qui ont fait leurs preuves lors de la dernière guerre.

 

En plus de ralentir notre offensive, une action de ce genre aurait l’avantage symbolique de démontrer à l’opinion mondiale et arabe « l’attachement de Damas pour son territoire du Golan ». Parallèlement à cette action terrestre, Al Assad imagine être en mesure de lancer les missiles balistiques à ogives chimiques et bactériologiques qu’il détient contre les agglomérations israéliennes. Le plan de l’Axe du mal consiste à procurer aux Syriens des sites de lancement alternatifs au Liban au cas, plus que probable, où les deux très grosses bases de Scud dont ils disposent chez eux seraient mises hors de combat aux premiers moments du conflit.

 

En dépit de ces plans mûrement organisés, sauf s’il reçoit l’aide de ses alliés perses, Béchar sait fort bien qu’il ne fera pas le poids face à la machine de guerre israélienne. Ce, d’autant plus que la Syrie n’est pas le Hezbollah, que ses familles alaouites régnantes n’aspirent pas spécialement ni à la destruction de leurs avantages ni à une mort de martyrs, et que son armée n’est pas faite de maquisards capables de subsister des semaines dans des trous en sous-sol, mais qu’elle possède plutôt une réputation de lâcheté et de fragilité, ainsi que des soldats qui demeurent dans des casernes visibles et donc destructibles.

 

Reste que l’axe Damas-Téhéran ne peut se résoudre à perdre le Liban, ses richesses, son réservoir de fanatiques chiites et palestiniens, le second front indispensable dans une logique de confrontation qu’il présente face à Israël et son vaste accès à la mer. Or cet axe n’a pas encore perdu le Liban, contrairement à ce que certains esprits superficiels aiment à se l’imaginer. Le président fantoche Emile Lahoud, marionnette des Al Assad, est toujours en place, et les composantes politiques de Beyrouth à l’exception du cheik druze Walid Joumblatt s’entourent de mille précautions lorsqu’ils abordent le sujet du rôle du Hezbollah et des relations avec la Syrie.  

Aujourd’hui, Damas n’est pas prête à une guerre avec Israël, mais pour conserver ses « options » traditionnelles, il lui faut prendre le risque d’envoyer ses engins de guerre, démodés mais encore relativement efficaces, à ses alliés de l’autre côté de la frontière. Al Assad sait qu’Israël, suivant elle aussi son agenda stratégique, ne pourra souffrir ce trafic et ses conséquences très longtemps. Cette menace balistique sur son flanc nord justifierait, en termes stratégiques, une intervention de Jérusalem au moins préventive et limitée contre Damas. Ca n’est d’ailleurs un secret pour personne, pas plus qu’une révélation de l’interview d’ Al Anba, puisqu’Israël l’a officiellement signifié au Secrétaire général de l’ONU. 

Pour la Syrie, ne rien faire, c’est attendre le verdict des enquêteurs du crime Hariri contre son président-dictateur, et, à court terme ensuite, la fin de son régime. C’est, pour les favorisés de ce pouvoir ethnique, l’asphyxie et se regarder mourir.

 

L’Iran interviendra-t-il directement si Israël ne laisse pas le temps ni le loisir à ses adversaires de reconstituer le front qu’elle vient de détruire ? Rien n’est moins sûr. C’est qu’il faut ajouter dans cette équation qui sent déjà la poudre, que, dans le bassin de l’Est-méditerranéen, se serre une flotte occidentale aux proportions confondantes, y compris pas moins de 300 avions embarqués sur des porte-avions et environ 50’000 hommes. C’est largement plus qu’il n’en faut pour raisonner les va-t-en-guerre et les fanfarons…



4 commentaires

  1. Djaafar el djazairi 24 octobre

    Contrairement à ce que tout le monde pense israel est loin d’etre invincible et l’été 2006 nous en a montré la preuve. Secondo, ce n’est pas le vulguaire contingent de la FINUL qui empecherait les précieuses attaques du Hezbollah contre l’Etat sionniste de meme que ce dernier n’a aucun moyens de s’en protéger.
    La Syrie quant à elle opposerais une une résistance que pas meme les améraicains ne sont en mesure d’imaginer, une résistance qui bien evidemment reposerait sur une aide de l’Iran et qui verrait la defaite et l’humiliation des juifs. Vien le redoutable et puissant Iran qui ne ferai qu’une bouchée de ce qui resterait d’un israel et des bases américaines dans l’ensemble de la région. Occidentaux mal propres et leurs alliés gares à vous.

  2. Hanon jacques 15 novembre

    Chers amis et frêres sémites et croyants.
    J’ai connu l’affreuse guerre de 2006 qui contrairement à vos allégations à été perdue surtout par les jeunes victimes des deux camps, j’y étais engagé au côté de mes frêres Israelien dont je suis fier et respectueux.
    Un mois après j’étais de l’autre côté de la frontière ou j’y ai vu la même belle jeunesse. J’aime et apprécie l’hospitalité Arabe et surtout Libanaise je pense que les deux peuples ont plus à faire en s’unissant qu’à s’entre tuer.
    Tous ceux qui pousse à une nouvelle guerre par procuration sont des imbéciles que la justice du très haut bénit soit-il jugera séverement.
    Je sais qu’Israel vaincra car cela est écrit depuis la nuit des temps rien ne peut s’opposer à la main du tout puissant car nul doute tout ce qui advient de par le monde est de sa volonté.
    Je prie pour tous ceux de quel camp soient-ils qui vont tomber inutilement au service de quelques tyrans dont M. Nassrallah est un digne représentant.
    Et si allez savoir celui que vous qualifiez d’oculiste de Damas, que je pense être un homme très intelligent qui n’à pas finit de nous surprendre allait faire la paix avec Ehoud Olmert alors tous les suppots de Satan dont le petit furheur d’Iran qui finira bouffé par les chiens ont du souci à ce faire.
    Amis de la grande nation Arabe et ceux de la civilisation multi-millénaire d’Iran ouvrez les yeux vos frêres avec lesquels vous devrez vivres sont les fils et filles d’Israel. Revenu sur cette terre par la seule volonté d’hashem bénit soit-il.
    S’il vous faut une victime à tout prix je veux bien être celle-ci.
    SHALOM HALEKHEIM, SALAM? SALUT;

  3. Hanon jacques 15 novembre

    LE ROI DES ROIS EXISTE NUL DOUTE EN CELA.
    Je connais une infime partie de son infinie puissance.
    Mes actes mon engagement au service de la paix me sont directement inspiré, je ne suis ni fou ni dément.
    J’ai juste fait le chemin parfois tortueux d’aller à sa rencontre.
    Il est encore temps d’aréter Gog et Maghog.
    J’appele tous ceux qui croient sincèrement en lui à venir me rejoindre et à m’aider à combattre tous les Satans du monde.

  4. mohamed ben 13 avril

    Chers amis d’Israël, nous vous prions d’avoir le courage de transmettre un message d’amour dans l’intérêt de ce pauvre peuple juifs qui n’a que trop souffert d’être mal aimé et mal conseillez par des opportunistes qui ne cessent de les manipulés. Nous, musulmans, ne ressentons aucune animosité en vers ce peuple, bien au contraire. Mais, nous éprouvons aussi le besoin de justice pour nos frères palestiniens et l’ensemble des opprimés de part le monde . Cher monsieur Hanon, si une quelconque foi en Dieu vous anime, comment pouvez-vous prendre part à cette manipulation. Aucun musulmans n’a prétendu que le juif n’avait pas droit à cette terre, mais pas plus qu’un autre croyant issue de divers religions. Ceux-ci dit, l’ensemble de la Terre n’appartient qu’a Lui, pour autant les règles et les lois doivent êtres respecter, pour tout les hommes, d’une manière équitable. Nous sommes tous nés d’un même père, nous sommes donc tous égaux devant la Justice de notre Père. Le régime d’Israël est injuste, c’est un régime usurpateur.

Laisser un commentaire

Pépinière des Métiers d'Art... |
Stratégie & Développement |
AE Bonne Conduite |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Les Jardiniers Moustachus
| Moustapha MAÏGA
| De quoi tu veux qu'on parle?